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Voici le récit des événements arrivés entre le 26 septembre 2017 et le 27 septembre 2017, entre Dalat et Ho Chi Minh.

En résumé:

Le 26 septembre, j’ai eu un accident de moto, qui m’a valu une profonde blessure sur l’avant bras droit, et des brûlures sur la hanche droit et le bras droit. Un scooter m’a coupé la route alors que je doublait, je n’ai pas eu le temps de freiner où de l’éviter. 3 personnes ont été impliquées dans cette accident : celui qui m’a coupé la route, moi, et une personne qui s’est prise la moto lorsque je suis tombé. Les deux autres s’en sortent avec quelques bleus.

Je relate ici les événements selon mon point de vue, parce que je pense que c’est important de réaliser à quel point avoir un accident ici est facile, et surtout ce que ça peut engendrer lorsque l’on est un étranger, car on doit faire face à la corruption et à des vols, fréquents.

Bonne lecture, soyez prudents !

26 décembre 2017 – L’accident :

On part de Dalat vers 9 h le matin, avec Léon et Diede, chacun sur notre moto. Ça fait maintenant quelques jours qu’ils conduisent, et ils s’en sortent vraiment bien, je décide qu’on roulera 150 km par jour, afin d’être arrivé à Ho Chi Min le 27 au soir, pour pouvoir réceptionner Floriane et sa mère le lendemain. On entend parler d’une microtempête, et d’un typhon en Indonésie, qui devrait se rapprocher d’Hô Chi Minh. Deux jours seront amplement suffisants pour au moins arriver en ville et rester à l’abri.

On roule sous la pluie, assez importante par moment. La visibilité est réduite, et le vent nous freine, on roule à 45 km/h. Après les premiers 70 km, on fait une pause. On a devancé la pluie, et surtout, la faim se fait sentir. On s’arrête pour un délicieux Bun bò, et on observe la pluie nous rattraper, puis nous dépasser. On reprend la route lorsque la route est un peu plus sèche. Après quelques kilomètres, nous sommes obligés de nous arrêter pour acheter des protections pour la pluie ! On décide néanmoins de continuer notre route. On roule à une allure de croisière lorsqu’on descend des montagnes. La température remonte, on enlève des couches et nos vêtements de pluie. On est plus très loin de notre objectif, le soleil commence à descendre et la fatigue commence à apparaître. Je décide de nous arrêter dans 5 km.

 

Perdu dans mes pensées, je songe notre Noël peu conventionnel, la belle portion de route que l’on a faite et le Nouvel An à venir. Je reprends le contrôle de mes pensées lorsque le trafic se densifie, et avance consciencieusement en évitant les gens qui conduisent n’importe comment. Il faut savoir qu’ici, tout fonctionne au klaxon. Les gens doublent par la droite, la gauche, traversent la route, roule à contresens… mais ils klaxonnent. Il est environ 16 h. Le ciel commence à arborer une superbe teinte orangée, la température est agréable. Je sens le vent, les odeurs de nourriture, qui se mélangent à celle des fumées de pots d’échappement. C’est à ce moment-là que l’accident se passe. Tout arrive tellement vite que seuls des flashs me reviennent à l’esprit.

 

Je double.

FLASH

Un mec est en train de traverser la route, perpendiculaire au sens de circulation.

FLASH

J’ai moins de 10 mètres pour freiner. Impossible. Je presse le frein.

FLASH

Je choisis de percuter sa roue avant pour éviter de le tuer.

FLASH

Ma moto glisse et tacle une moto venant en face.

FLASH

Je ressens une violente douleur dans le bras. Je le regarde, j’ai de la chair qui pend, et la route est couverte de sang.

FLASH

Je rampe sur le bord de la route, l’adrénaline me permettant de ne pas m’évanouir sous la douleur.

FLASH

Des gens me portent et me posent dans une minivan. Diede monte avec moi, Léon me regarde et me dit qu’il reste pour les motos. Je me souviens de son regard choqué. Un gars presse un tissu sur ma blessure et tente de me rassurer.

FLASH

Du sang, partout sur les sièges. J’enlève mes gants, attrape une corde dans ma poche et me fais un garrot.

FLASH

J’essaye de contacter mon assurance et mes parents pendant qu’ils me débarquent de la minivan.

FLASH

Je suis sur la table d’opération, la douleur me fait hurler. Deeda est là. Il lui demande de sortir.

FLASH

Il me demande de me calmer. J’attrape le téléphone de l’infirmière et lui demande si je peux mettre de la musique. Oui. Sweet child O mine et Come together. Ça les fait rire, l’infirmière me dit que je suis fort.

FLASH

La douleur est atténuée par les antidouleurs. J’arrive à atteindre mes parents, pour qu’ils lancent les démarches.

 

On me donne tout un tas de médicaments, méticuleusement vérifiés par Diede. Puis des injections, deux ou trois. Je sens les aiguilles percer ma peau, mais pas la douleur. L’anesthésie couplée aux antidouleurs fonctionne plutôt bien. Je suis transféré dans une chambre, où je vais passer la nuit. C’est une sorte de dortoir, tout droit sorti des films des années 80. Ventilateurs tournants sans se fatigués au plafond, fenêtre ouverte, un gars dans le fond en train de fumer, des « lits » aux matelas de 10 cm d’épaisseur, dt des geckos partout sur les murs. Bien trop fatigué par les évènements, je me repose, rejoint plus tard par Diede et Léon. Ils semblent encore plus choqués que moi. On attend, on discute, le temps passe doucement. Peu à peu, la douleur revient.

 

Il est tard maintenant, j’ai contacté l’assurance pour un changement d’hôpital. Celui-ci à des normes d’hygiènes trop basses, j’ai un peu peur pour ma blessure, j’aimerais éviter l’infection. Je règle les détails avec un médecin de l’assurance, et ils me demandent d’attendre leur appel pour les détails du transfert. La douleur est plus importante, mais je parviens à m’endormir. Je me réveille aux alentours de 4 h du matin, une heure plus tard, un cauchemar me tirant de mon sommeil. Je ne cesse de revoir l’accident en boucle, mon bras ouvert, le visage décomposé de mes amis. Je vais pour chercher mon portable dans le sac, voir si j’ai été contacté par l’assurance. Mais je ne le trouve pas. Je me lève, malgré la douleur intense qui me lance dans le bras, je fouille mon sac. Rien. Mon jean, couvert de sang, n’a pas bougé non plus. J’ai mon portefeuille, mais c’est tout. Quelqu’un m’a volé mon téléphone pendant que la douleur des événements m’avait assommée. J’ai envie de craquer, de hurler. Je descends voir l’infirmière, qui ne comprend pas un mot d’anglais. Je lui explique avec google traduction, et elle me dit qu’elle ne peut rien faire. Je lui demande donc de contacter la police, et je m’occupe de trouver un ordinateur pour réussir à joindre Léon ou Diede. Je parviens à joindre mon frère qui contactera Léon, que la police ira récupérer. Je récupère son téléphone, contacte l’assurance et reçois les informations. Léon et Diede, exténués, repartent dormir. Je m’effondre dans mon lit, des larmes de rages et de douleur tombent sur le portable de Léon. Je finis par trouver le sommeil, serrant mon sac contre moi, malgré la douleur que cela engendre.

 

Je suis réveillé le lendemain à 7 h par une infirmière qui me parle en vietnamien, a laquelle je tente d’expliquer que je ne parle pas sa langue. Elle me montre la chambre à l’étage, je dois encore bouger. Je prends des antidouleurs, en entame une longue marche dans les escaliers menant au second étage. Je me pose dans un de ces lits, et j’attends, avec impatience, l’ambulance. Je me rappelle que je dois aussi passer au poste de police, parce qu’ils ont pris mon passeport. Une dame vient me voir avec son mari. Je devine que c’est la personne qui s’est pris ma moto. Elle va bien, je la remercie d’être venue me voir. Je ne sais pas si elle a compris, mais ça me fait du bien.

Vers 9 h 30, l’ambulance finit par arrivée. On attend Léon et Dieda, qui ne devraient plus tarder avec mon sac… sans compter le fait que, épuisés par la journée et la nuit qu’ils ont eue, ils sont en train de dormir !

Je parviens à retrouver l’hôtel où ils se trouvent, et on s’y dirige avec l’ambulance. On les récupère, puis on va chercher les sacs, situés sur le lieu de l’accident (une famille a pris soin des motos et de nos affaires). Je retrouve le jeune qui m’a porté dans le minivan, et a pris soin de ma blessure. Je ne sais quoi faire pour le remercier, à part le prendre dans mes bras. On part avec l’ambulance, je laisse Diede les larmes aux yeux, qui me dit qu’elle veut nous suivre en moto. Je lui explique que tout va bien maintenant.

 

27 décembre 2017 – Police et corruption :

 

On arrive au poste vers 10 h 30. Les policiers nous expliquent qu’on doit attendre 13 h 30 pour recueillir mon témoignage. Le souci, c’est que l’ambulance ne peut pas attendre aussi longtemps. Je contacte l’assurance, qui finit par s’arranger avec l’ambulance : ils resteront avec moi. On remonte dans l’ambulance, qui nous amène… jusqu’à un parc ! Les gars ont décidé que ce serait bien pour moi, ayant probablement vu l’état mental dans lequel j’étais. On discute beaucoup, ils sont adorables. Ils m’invitent à manger un délicieux poisson frit. On repart pour être à 13 h 30 au poste de police. Je rentre dans la salle, plutôt simple. Je fais face à un traducteur, sur ma droite se trouve l’officier en charge et à ma gauche les docteurs qui m’accompagnent.

Je leur donne ma version des faits, plutôt simple : je roule sur la voie de droite, à environ 40 km/h, lorsqu’un véhicule à l’arrêt sur ma voie me force à me décaler vers la gauche. Lorsque je suis à la hauteur de ce véhicule, un scooter apparaît en face de moi, par la droite. Je le percute en essayant de ralentir, et choisissant de rentrer dans sa roue avant plutôt que dans la jambe du conducteur.

J’assiste alors à une scène digne d’un film :

Dans un premier temps, le policier me dit que c’est de ma faute, car j’aurai pu ralentir. Je prends une feuille des mains de l’officier, ainsi que son stylo et commence à lui montrer par A + B qu’un véhicule roulant a 45 km/h, pesant 200 kg, ne peut pas s’arrêter sur 8 mètres. Moyennent convaincu, il me dit qu’il peut demander à un expert de faire le calcul, je lui réponds que ce serait bien volontiers. Décontenancé, il me donne raison, et je continue mes explications.

Sa seconde tentative sera de me dire que la personne que j’ai percutée était simplement en train de se changer de voie. Je lui demande alors où sont les dégâts sur la moto de la personne que j’ai percutée : sur la roue avant. S’en suis un dialogue ressemblant à peu près à celui-ci :

Moi : « Vous pensez qu’une personne qui change de voie peut se retrouver avec sa roue AVANT au milieu de la route, de telle manière que moi, venant de derrière, puisse la percuter ? »

Officier : « Il a peut-être pris un angle large et vous avez essayé de l’éviter »

Moi, prenant un papier, lui faisant un dessin lui montrant les possibilités d’un tel impact :  « Il n’y a que peu de solutions : soit la première est effectivement que cette personne se trouvait perpendiculaire à moi, soit que je me trouvais perpendiculaire à lui (ce qui est impossible étant donné que je roulais à 40 km h, je ne pouvais pas venir du bas-côté, en terre et de 3 m d’épaisseur), soit qu’il roulait en diagonale »

Officier : « Il roulait peut-être en diagonale »

Moi : « Très bien, dans ce cas-là pouvez-vous me prouver que c’est autorisé par la loi, et aussi qu’un impact de ce genre aurait été possible en diagonale ? »

 

L’officier part chercher le texte de loi, parle avec le traducteur, qui m’explique que « compte tenu de la taille de la route, vous n’étiez pas autorisé à rouler sur cette voie, prioritaire pour les voitures »

moi : « Du coup, vous me donnez raison pour l’impact ? »

L’officier ne répond pas, fait une moue boudeuse et me fait oui de la tête. Il est maintenant en train de tenter de trouver une autre faille. Un étranger à qui on peut soutirer de l’argent, ce n’est pas tous les jours qu’on en a ! Son histoire de route pour voiture tombe à l’eau, car j’étais simplement en train de dépasser.

Il est maintenant 4 h de l’après-midi, la fatigue et la douleur accumulée me font mal, j’ai qu’une envie, c’est de sortir d’ici. Le policier me pose les mêmes questions plusieurs fois, dans l’espoir de me faire dire une version alternative lui donnant une faille. Il en arrive à me demander combien de véhicules j’ai dépassés, leur couleur et si c’était des voitures et des motos. Bien sûr, il m’est impossible de me souvenir : je ne me souviendrais jamais de tous les véhicules que je croise, encore moins de leur couleur.

Effaré, je lui demande si lui se souvient du dernier véhicule qu’il a croisé. Je lui explique aussi qu’après un tel choc, me sont restés en mémoire majoritairement les événements traumatisants, et non pas la couleur du véhicule que je dépassais !

Fier d’avoir trouvé une faille en exploitant ma fatigue, il insiste sur ce point. Je n’en peux plus, mon bras est extrêmement douloureux, je n’ai pas dormi depuis 24 h. Je finis par dire au traducteur que je veux qu’on coupe court à cette conversation qui n’a pas de sens, et qu’il m’explique ce que je vais devoir faire.

Et bien sûr, la seule chose que je vais devoir faire, c’est donner de l’argent. 400 USD. Je regarde l’officier droit dans les yeux, lui sourit et lui explique que dans ce cas-là je vais demander à un avocat français de prendre le relais dans cette affaire et que je demanderais au poste de police, si je gagne le cas, 10 fois cette somme.

Il me dit que peut-être il peut s’arranger pour que je ne paye que 200 USD. J’acquiesce, fatigué que tout ça ne soit qu’une histoire de corruption.

 

Par la suite, je rencontre les autres personnes impliquées dans l’accident pour conclure d’un arrangement : la personne qui se trouvait au milieu de la route est un jeune gars de 21 ans, et l’autre est la dame que j’ai vue ce matin, qui a été percutée par ma moto.

Cette dernière me demande de payer pour les dégâts de sa moto. Le jeune, lui, veut me donner de l’argent. Je discute avec le traducteur : si j’accepte qu’il me donne de l’argent, il devra payer 200 USD, ce qui correspond à environ 2 mois de travail pour eux. Malgré sa faute dans l’accident, je décide de refuser l’argent, et demande juste au mec de payer pour la moto de la femme. En larme, il me remercie. Ils remplissent leurs papiers, je récupère mon passeport, et monte dans l’ambulance en direction d’Hô Chi Minh.

 

À notre arrivée, Mike et Jake me retrouvent, et m’aident à me sentir mieux. On rit, ils me ramènent à manger. Entre temps, le médecin de l’ambulance me propose de refaire les points de suture pour qu’ils soient mieux faits, et qu’il nettoie la plaie. J’accepte volontiers, et après quelques heures, je finis par retrouver une chambre où je peux enfin me reposer.

 

Exténué, je m’endors en quelques minutes, soulagées que le plus dur soit passé. Mes visions cauchemardesques sont toujours là, mais je les accepte comme étant une histoire passée, et elles ne me réveilleront pas.

 

Résultats physiques : une belle entaille de 10cm de long et 3cm de profondeur sur l’avant-bras droit, une brulure importante sur la hanche droite et une mineure sur le bras droit. Mon casque et mes gants m’ont sauvés de bien pire.

 

 

1 Commentaire

  1. […] a half to arrive in Hanoi and give the motorbikes back to the renting shop (we didn’t plan the accident). On the road, we met the kindliest Vietnamese guy in the world […]

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